Insuffisance ovarienne prématurée (ex ménopause précoce)

Insuffisance ovarienne précoce, ménopause prématurée

HASCNGOFMis à jour

Résumé des recommandations pour le généraliste

  • Évoquer une ménopause précoce chez la femme de moins de 40 ans avec aménorrhée (ou spanioménorrhée) accompagnée d’un syndrome climatérique
  • Le diagnostic d’insuffisance ovarienne prématurée est clinico-biologique: aménorrhée ou spanioménorrhée ≥ 4 mois avant 40 ans avec FSH ≥ 25 UI/L et estradiol bas (à 2 reprises à 4 semaines d’intervalle)
  • Des maladies auto-immunes sont fréquemment associées
  • Exploration de la ménopause précoce dans un centre de référence FIRENDO
  • Le traitement hormonal substitutif (THS) doit être démarré rapidement pour réduire le risque cardiovasculaire et fracturaire
  • Le THS utilisé pour les insuffisances ovariennes prématurées spontanées (non iatrogènes) n’augmente pas le risque de cancer du sein (HAS 2021)

Article lié: Ménopause et traitement hormonal de la ménopause

Insuffisance ovarienne prématurée (IOP, terme de l’ESHRE)
ou Insuffisance ovarienne précoce, ex ménopause précoce ou ménopause prématurée.
Ménopause survenant avant 40 ans et dont l’étiologie doit être recherchée.
Diagnostic de ménopause précoce par l’association d’un critère clinique:
  • Aménorrhée ≥ 4 mois primaire ou secondaire
  • Spanioménorrhée ≥ 4 mois survenant avant 40 ans
    Et d’un critère biologique:
  • FSH élevée (≥ 25 UI/L) à 2 reprises à ≥ 4 semaines d’intervalle avec estradiol bas
L’IOP peut être due à 3 mécanismes: diminution du stock des follicules primordiaux lors de la vie fœtale, atrésie folliculaire accélérée ou blocage de la maturation folliculaire.
Augmentation des risques cardiovasculaire (ischémique +80%) et fracturaire des femmes.
Lien épidémiologique suggéré: risque d’Alzheimer x3 (annulée si THM jusqu’à 50 ans, CNGOF).
Spanioménorrhée
Diminution de la fréquence des cycles menstruels (= allongement de leur durée).

NB. Le terme de ménopause précoce est uniquement utilisé à des fins d’indexation par les moteurs de recherche.

Tableau. Définitions de la ménopause précoce, naturelle et tardive. Dr JB Fron d'après CNGOF 2021
Situation de survenue (ans)Terme
+55Ménopause tardive
45-55Ménopause naturelle
40-45Ménopause anticipée
< 40 ansInsuffisance ovarienne prématurée
Radio/chimio-induiteMénopause iatrogène
Ovariectomie bilatéraleMénopause chirurgicale

Abréviations

AMH
hormone anti-müllérienne
CNGOF
Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français
ESHRE
European Society of Human Reproduction and Embryology
IOP
insuffisance ovarienne prématurée (ex ménopause précoce)
THS
traitement hormonal substitutif

Étiologie de l’insuffisance ovarienne prématurée

Liste des causes pouvant être à l’origine de la ménopause précoce:

  • Génétique
    • Formes familiales (4-31%)
    • Origines plus exposées
      Afro-américaines, hispaniques > caucasienne > asiatiques.
    • Syndrome de Turner
    • Prémutation du gène FMR1 ou autres
  • Auto-immune
  • Iatrogène
    • Ovariectomie ou kystectomie bilatérale
    • Chimiothérapie (alkylants ++)
    • Radiothérapie pelvienne
  • Idiopathique (70%)

Épidémiologie de la ménopause précoce

La ménopause précoce atteint 1 à 2% des femmes avant 40 ans (1/1000 à 30 ans et 1/10.000 avant 20 ans).

Diagnostic rapide de l’insuffisance ovarienne prématurée pour mettre en place rapidement le traitement hormonal substitutif (THS) et prévenir les complications, notamment cardiovasculaires.

Interrogatoire

Signes et symptômes de ménopause précoce à rechercher:

  • Âge de la patiente
  • Antécédents
    • Étiologie: Oncologiques, chirurgicaux (pelviens)
    • Auto-immuns
      Dysthyroïdie, diabète, insuffisance surrénale, vitiligo, lupus, polyarthrite, maladie cœliaque, myasthénie, Sjögren, PEA1 (candidose buccale, unguéale et génitale, insuffisance surrénale et hypoparathyroïdie), PEA2 (insuffisance surrénale, dysthyroïdie, diabète type 1).
    • Cardiovasculaires, fracturaires
  • Antécédents familiaux d’insuffisance ovarienne prématurée
  • Aménorrhée primaire ou secondaire ≥ 4 mois (absence de règles)
  • Infertilité
  • Syndrome climatérique
    • Bouffées de chaleur
    • Sueurs nocturnes
    • Troubles du sommeil
    • Troubles de l’humeur
    • Douleurs articulaires
  • Syndrome génito-urinaire de la ménopause
    Diagnostic clinique si ≥ 1 parmi: symptômes vulvuvaginaux (sécheresse, douleurs, brûlures, irritation, prurit), sexuels (dyspareunie d’intromission, sténose), urinaires (signes fonctionnels, cystites récidivantes).
  • Chez l’enfant: impubérisme
  • Dépression, anxiété

L’aménorrhée peut être révélée après l’arrêt d’une contraception œstroprogestative.
L’infertilité est le plus souvent définitive mais pas toujours (4-10% de grossesses spontanées).

Examen clinique

Rechercher des signes de maladies auto-immunes.

En première intention, dosage de la bêta-HCG seule avec un bilan complémentaire si négative

Bilan d’une ménopause précoce

Le diagnostic d’insuffisance ovarienne prématurée (ex ménopause précoce) est biologique.

FSH, estradiol, hCG, prolactine, TSH:

  • Répéter après +4 semaines si FSH élevée/estradiol bas
  • Doser sans contraception hormonale et à distance de la pré-ovulation
  • FSH élevée > 25 UI/L et estradiol bas

Bilan en cas de diagnostic de ménopause précoce confirmé

Prise en charge dans un Centre de Référence de maladies rares prenant en charge les insuffisances ovariennes prématurées avec:

  • AMH (évaluation de la réserve ovarienne)
  • Anticorps anti-TPO
  • Sérologie cœliaque: IgA totales + IgA anti-transglutaminase
  • Absence de cause iatrogène: anticorps anti-surrénaliens, anti 21-hydroxylase

Caryotype en cas d’IOP non iatrogène, réalisé lors du bilan spécialisé.

Échographie pelvienne

L’échographie pelvienne ne fait pas partie du bilan diagnostique puisque l’observation de follicules peut être faussement rassurante.
À visée étiologique, voie endovaginale préférée.

Ostéodensitométrie

Ostéodensitométrie au diagnostic puis tous les 5 ans pour évaluer la perte osseuse.
Voir les indications au traitement selon T-score et FRAX.

Le traitement hormonal substitutif (THS) utilisé pour la ménopause précoce (spontanée, non iatrogène) n’augmente pas le risque de cancer du sein (56-79% des patientes le croient, HAS 2021)

Prise en charge de l’insuffisance ovarienne prématurée (IOP ou ménopause précoce) dans un Centre de référence FIRENDO:

  • Traitement hormonal substitutif (THS) jusqu’à au moins 51 ans
  • Traitement des troubles sexuels (voir Ménopause)
    Notamment ovule/gel estrogénique vaginal.
  • Aborder la contraception (risque 4-6%)
  • Projet parental: suivi AMP sans délai
  • Soutien psychologique
  • Origine génétique suspectée: avis génétique voire RCP pour génotype complet (Plan France Médecine Génomique)
  • IOP non iatrogène: Dépistage du cancer du sein à partir de 50 ans
  • Surveillance
    • Annuelle du THS
      Seins, gynécologique, poids, pression artérielle.
    • Psychologique
    • TSH, surrénales
    • Ostéodensitométrie tous les 5 ans

Expliquer la cause de l’IOP (70% idiopathique), soutenir les projets de grossesse et rappeler le caractère anodin du THS en respectant les Cas particuliers (ci-dessous).

Cas particuliers

L’œstradiol administré par voie transdermique n’augmente pas le risque thrombo-embolique.

Recommandations de prise en charge spécifiques pour les femmes suivantes:

  • Migraine
    N’est pas une contre-indication au THS au cours de l’IOP. Modifier dose, voie d’administration ou le schéma thérapeutique en cas d’aggravation.
  • Hypertension artérielle
    N’est pas une contre-indication au THS au cours de l’IOP. Œstradiol transdermique de préférence.
  • Maladie veineuse thromboembolique
    Avis hématologique avant THS en cas d’antécédent. Si autorisé, œstradiol transdermique.
  • Obésité
    Œstradiol transdermique recommandé.
  • Fibromes
    Ne sont pas une contre-indication au THS.

FSH exprimée en UI/L